Alors que la France commémore le triste anniversaire des 70 ans de la Rafle du Vel' d'Hiv' des 16 et 17 juillet 1942, un sondage réalisé par CSA montre que plus de 60% des moins de 35 ans ignorent cet événement historique.
Au-delà des commentaires plus ou moins inspirés autour de ce sondage, il faut s'interroger sur le fond, sur le devoir de mémoire.
La méconnaissance de cet événement qui entâche à jamais l'histoire de notre pays est le révélateur d'un double dysfonctionnement qu'il faut corriger rapidement pour ne pas voir notre histoire rérangée dans des livres, alors que les témoins directs de cette époque nous quittent un à un.
D'abord, l'enseignement de l'histoire à l'école. Je laisse là aux spécialistes de la pédagogie le soin de se pencher sur cette question, n'ayant personnellement aucune compétence en la matière.
Ensuite le devoir de mémoire et les commémorations. Cet exercice du souvenir est, en France, depuis des décennies figé dans le formol. On va aux commémorations annéciennes par devoir, par respect, par habitude, mais pas par "envie". C'est toujours la meme rengaine : dépot de gerbe, chants patriotiques, lectures de discours toujours dirigé vers le passé, rarement vers l'avenir, passage en revue des troupes militaires... Bref, un ennui indescriptible pour tout jeune français de moins de 35 ans.
Dire celà c'est poser une question beaucoup plus fondamentale et importante: l'organisation des commémorations doit-elle rester l'apanage des associations patriotiques et des autorités locales ? Personnellement je ne le crois pas. Il nous faut "moderniser" ces moments de souvenir. D'abord en les rendant plus joyeux, plus festifs. Ensuite en faisant participer la jeunesse. Nos ainés qui sont morts pour notre liberté ne seraient certainement pas très heureux des cérémonies actuelles où l'on s'ennuie, par habitude.
A Annecy, la tendance est poussée à l'extreme. Le souvenir appartient à l'histoire. Il peut donc être figé sur des plaques commémoratives (que l'on retrouve partout en ville). Mais créer un lien entre le passé et l'actuel voire l'avenir, jamais. Le meilleur exemple est la destruction de ce lieu historique et symbolique qu'était Saint François. Au lieu de créer là, comme nous l'avions proposé, un lieu pédagogique ouvert à nos écoliers pour montrer et expliquer, la ville a préféré le vendre à des promoteurs immobiliers.
J'ai déjà longuement condamné sur ce blog la passivité des associations patriotiques sur ce sujet de Saint François, dont la proximité avec la mairie n'est malheureusement (car ce n'est pas leur role) plus à démontrer. Au lieu de se battre pour sauver Saint François et léguer aux générations futures un témoignage vivant de ce que fut la barbarie nazie, ces associations préfèrent, pour se donner bonne conscience, inaugurer les monuments et les plaques commémoratives.
Sauf qu'aucun jeune, aucun habitant ne s'arrete plus devant ces plaques, emblêmes de cette bonne conscience que l'on se paye à bon compte. Mais je peux vous dire que tous les jeunes qui sont allés un jour visiter un camp (où qui auraient pu visiter les geoles de Saint François) se souviennent de ce qui s'y est passé et entretiennent mieux que quiconque la mémoire des victimes.
Le résultat de ce sondage est alarmant non pas en tant que tel, mais au sens où il montre que dans un monde où les populismes, les haines, les violations des droits de l'homme... n'ont pas cessé, loin s'en faut, l'accaparement du souvenir par quelques-uns (qui croient bien faire) conduit à l'amnésie pour tous les autres.
Ouvrir l'histoire, la mémoire, la faire respirer, la rendre "attractive" et "moderne", adapter le discours aux enjeux actuels, parler de liberté, d'égalité et de fraternité autrement qu'en "tirant la gueule" derrière un pupitre devant un monument aux morts, impliquer la société voilà l'enjeu du souvenir pour aujourd'hui.
C'est en tous cas ma conviction profonde pour inverser les chiffres des sondages et maintenir vivant non pas tellement le souvenir, mais les raisons pour lesquelles des femmes et des hommes sont morts durant les guerres mondiales.
Par Elus de la Gauche Annécienne

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