Partager l'article ! Le capitalisme est-il en train de changer ?: Crise de la dette en Grèce, Grève chez Total, Crédits à la consommation en hausse, Superbonus hi ...
Crise de la dette en Grèce, Grève chez Total, Crédits à la consommation en hausse, Superbonus historiques des traders, etc… La litanie des informations économiques n’arrête pas d’égrainer l’actualité. Une question se pose alors : le capitalisme, comme l’avait promis notre président, est-il en train de changer ?
La réponse est clairement négative. On prend les mêmes et on recommence. A croire que la crise a renforcé le système économique, broyeur d’hommes et d’espérances, destructeur de la planète et violent contre les plus faibles.
Peu de commentaires pour dénoncer la soi-disante crise de la dette grecque, sinon pour réclamer une intervention d’urgence de l’UE. Or, cette crise qu’est-ce que c’est ? La Grèce a un taux d’endettement public de 113.4% du PIB. Dans le même temps, le Japon, deuxième puissance économique mondiale a un taux de 170%, et la France de 78%. Aux USA ce taux est d’environ 60% du PIB.
Certes, le taux d’endettement public de la Grèce est très élevé et nul ne peut s’en réjouir car l’emprunt c’est toujours des riches qui prêtent à des pauvres avec un taux d’intérêt. Voilà pourquoi la Gauche n’aime pas l’emprunt public, il appauvrit les classes moyennes et enrichit les banques et les classes aisées. Néanmoins, parfois, l’emprunt peut également être bénéfique. En période de crise par exemple, il peut aider à passer les mauvais jours en soutenant la demande. De même, emprunter pour investir n’est pas un problème dès lors que l’investissement « rapporte » au moins autant que le cout du crédit.
Mais, la crise de l’endettement grec est d’une autre nature. Elle est d’abord le fruit de pratiques bancaires et comptables qui ont fini par voiler la vérité des chiffres. Grâce à un tour de passe-passe comptable, une banque très renommé (Golden Sachs), rémunérée pour cela 300 millions d’euros, a fait une opération financière qui consiste à comptabiliser comme actuels des revenus qui seront touchés plus tard. C’est comme si, louant un appartement à un tiers 500€/ mois, vous décidiez de comptabiliser pour l’année en cours une recette totale de 18 000 euros, qui correspond en fait aux revenus que vous toucherez dans les 3 prochaines années. Ce tour de passe-passe est légal. Il cache l’ampleur de la crise durant une année puisque les revenus sont artificiellement gonflés. Mais l’année suivante : vous ne comptabilisez même plus les 6000 euros de revenus de vos loyers. D’où une partie de l’explication concernant le déficit abyssal (9.4% du PIB) de la Grèce cette année.
Cet effet-levier a entrainé une panique des agences de notation (privées), chargées de noter les pays bons élèves et les mauvais, qui ont aussitôt dégradé la note de la Grèce. Ceci ne serait pas bien grave si cette note ne dictait également le taux d’intérêt auquel l’Etat grec peut emprunter de l’argent aux banques. Car les Etats, comme les individus, empruntent de l’argent aux banques. Ce taux d’intérêt dépend des notes données par les agences de notation. Un pays classé AAA empruntera à un taux proche de 2%, alors que la Grèce emprunte aujourd’hui à 5.33%. Ce renchérissement du taux d’intérêt entraine une hausse des mensualités de remboursement (ce que l’on appelle le service de la dette) dûe par la Grèce et généralement contractualisées à taux variables. De ce fait, une dégradation de la notation de la dette grecque entraine directement un surcout immédiat, et donc des dépenses d’Etat supérieures, sans même avoir emprunté un centime de plus. L’Etat rentre alors dans un cercle vicieux : une dégradation de sa notation entraine un renchérissement de ses mensualités. Pour payer ses mensualités, l’Etat doit emprunter plus et donc creuser sa dette, ce qui entraine une dégradation de sa notation, etc… Tout cela sans une dépense supplémentaire en matière d’investissements.
De façon simultanée, l’augmentation de la dette d’un pays de la zone euro affaiblit l’euro. Il faut de plus en plus d’euros pour rembourser une même dette exprimée en dollar. Par exemple si j’ai une dette de 1000 $ qui vaut 700 euros et que l’affaiblissement de l’euro fait que cette même dette vaut aujourd’hui 850 €, il me faut plus d’impôts pour payer la même dette.
Evidemment, l’Europe doit intervenir pour enrayer le cercle vicieux qui risque de toucher la Grèce. Mais en même temps, nous devons tirer les enseignements de cette alerte qui n’est pas uniquement liée à une mauvaise gestion de l’Etat grec mais bien aussi à des pratiques financières douteuses.
Le premier enseignement touche aux pratiques bancaires légales mais qui trompent les chiffres. Celles-ci doivent être interdites. De manière générale, il faut renverser les choses. En matière bancaire, actuellement tout ce qui n’est pas interdit est autorisé. C’est ce que l’on appelle le hors-bilan. Il faut revenir à la raison et dire que tout ce qui n’est pas autorisé est interdit. Le cadre comptable doit donc être un outil qui encadre les pratiques bancaires pour au final interdire le hors-bilan.
Deuxième enseignement : les agences de notation. Celles-ci sont aujourd’hui privées. Elles font la pluie et le beau temps en matière financière. Cette situation qui peut conduire à des tragédies sociales est inacceptable. C’est à une institution internationale publique que doit revenir le rôle de noter les Etats. Il faut donc créer, au sein du FMI ou ailleurs, une agence onusienne de notation des finances des Etats.
Troisième enseignement : le rôle de la Banque Centrale européenne. Arque boutée sur son dogme ultralibéral de l’orthodoxie monétaire qui consiste à ne se préoccuper que du taux d’inflation, la BCE n’a pas joué son rôle dans cette histoire. La Grèce, au lieu de recourir à l’argent des banques privées (qui prêtent en dollars), aurait dû pouvoir compter sur l’argent de la BCE et emprunter en euros et non en dollars. Cela aurait permis de maitriser les taux d’intérêts. Les objectifs de la BCE doivent être réécrits pour intégrer un objectif social de maintien de l’emploi.
A ces trois enseignements, la crise grecque nous invite aussi à penser que le capitalisme, loin d’avoir changé, s’est renforcé. Ce sont toujours les mêmes dogmes, les mêmes actions qui sont mises en place, avant comme après la crise financière. N’est-il pas temps de changer notre regard sur l’économie ? Et pourquoi ne pas commencer par relancer notre économie en dévalorisant un peu l’euro qui, à son niveau actuel, tue l’industrie européenne et invite à continuer à importer du pétrole par centaines de supercontainers ?
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