Partager l'article ! "Résister se conjugue au présent": Le rassemblement des citoyens résistants d’hier et d’aujourd’hui, organisé par l’association du m ...
Le rassemblement des citoyens résistants d’hier et d’aujourd’hui, organisé par l’association du même nom s’est déroulé sous un soleil radieux en présence de très nombreux participants.
Rassemblés sur le plateau des Glières, théâtre de l’héroïsme de jeunes résistants ayant choisi de ne pas cautionner ni l’invasion ni l’idéologie nazie et fasciste, des citoyens de tout horizon sont venus écouter des « Paroles de résistance » (thème de cette année).
Le président de l’association (Didier Magnin) a ouvert ce moment intense par un discours à la fois ferme et rempli d’espoir pour l’avenir, qui pourrait se résumer dans ces mots de Lucie Aubrac : « résister se conjugue au présent ».
L’intervention de Raymond Aubrac (nouveau parrain de l’association avec Stéphane Hessel) a été, pour moi, jeune, un moment d’une émotion toute particulière. Retraçant en quelques mots forts la période de la résistance intérieure face à l’agression nazie, M. Aubrac a beaucoup insisté à la fois sur le courage et l’humanité de ces jeunes résistants ayant choisi de ne pas se taire, pour ne pas devenir des soutiens passifs face aux horreurs de l’idéologie fasciste. Mais il a aussi, et surtout, appuyé sur une période, à mon avis trop passé sous silence, celle de la captivité, de la déportation, de l’emprisonnement. Ces enfermements qui ont permis à tous ces résistants de penser un monde pour après, pour après la guerre. Ces réflexions formeront le socle du programme du Conseil National de la Résistance, programme adopté à l’unanimité des multiples factions de résistants en 1944. Ce texte, profondément républicain et humaniste, posait les fondements d’une société où le « plus jamais çà » serait la règle. Pour cela, il fallait d’abord comprendre l’infamie de l’idéologie fasciste, sa haine de l’autre, son goût et sa recherche de l’asservissement et de l’humiliation, son désir de concentrer les pouvoirs, etc… Il fallait aussi comprendre ses soutiens : exploiteurs économiques en tous genres, besoin de super-sécurité, peur de l’avenir, individualisme, etc…
De ces réflexions sortiront plus de solidarité, plus de vivre ensemble, plus de justice, plus d’humanité : sécurité sociale, liberté et indépendance de la presse, retraites par répartition, etc…
Face à cet homme, résistant s’il en est, j’avoue que l’on se sent bien petit.
Les prises de paroles ce sont ensuite poursuivies avec Alain Refalo, instituteur, auteur de la lettre « En conscience, je refuse d’obéir ». Il est venu expliquer le but et l’enjeu de sa lettre qui dénonce les nouvelles « réformes » du gouvernement concernant l’éducation nationale. Pour lui, les mesures prises par le gouvernement (baisse des effectifs, individualisation du soutien scolaire, évaluations nationales, EPEP, etc…) sont des mesures coordonnées et pensées pour détruire l’éducation nationale telle que nous la connaissions jusqu’à présent, c’est-à-dire une éducation qui forme des citoyens libres, capables de se faire leur propre jugement. Au contraire, le gouvernement veut faire de l’école une antichambre de l’entreprise, formant des élèves dociles, sélectionnant les meilleurs et mettant à l’index les plus faibles, évaluant et classant les établissements, bref faisant du chiffre.
Son combat coûte à M. Refalo 2 jours de retenues de salaires par semaine. Il a été depuis rejoint par plus de 2000 « désobéisseurs » qui refusent d’appliquer les réformes.
L’intervention de M. Guyader, psychiatre, auteur d’une lettre ouverte au président de la république suite à son discours sur l’hôpital psychiatrique et la dangerosité « supposée » des malades mentaux, a été d’une humanité, d’une profondeur, d’une justesse qu’elle m’a fait monter, comme à beaucoup d’autre, les larmes aux yeux. Dénonçant calmement un discours sécuritaire qui s’attaque aux plus faibles des plus faibles, invalidant les idées reçues en précisant bien que sur les 50 000 crimes commis en France chaque année seuls 200 sont commis par des personnes déclarées mentalement irresponsables, alors que la population des « fous » est victime de 11 fois plus de crimes et délits que le reste de la population et de 100 fois plus de viols, le docteur Guyader a posé clairement, rationnellement la difficulté des soins des personnes malades. Il a également rappelé les avancées de la psychiatrie depuis 60 ans et la conviction acquise par tous les professionnels, issue de travaux de recherche, selon laquelle l’enfermement n’était pas la solution. Bref, il a, à travers ce sujet sensible et difficile, su mettre en exergue la dérive de civilisation vers laquelle la peur de l’autre, l’enfermement des plus faibles, le tout-sécurité, l’injure faite à la science, etc… contenue dans le discours présidentiel, et montrer en quoi cette politique soutenue par « les mêmes 71% de personnes qui en 1981 soutenaient la peine de mort » est une politique qui va contre la civilisation et contre l’humanité.
Les discours ont été clôturés par Stéphane Hessel, qui a improvisé un discours d’un dynamisme, d’un optimisme, mais aussi porteur d’une mission pour les générations plus jeunes à tenir fermement le gouvernail vers l’humanisme, la solidarité, le respect, bref vers des valeurs progressistes de civilisation.
Ce rassemblement des Glières, auquel je participais pour la première fois, est une perle de citoyenneté car les organisateurs ont su trouver les mots justes pour ne pas tomber dans la récupération politique. Ils ont su inviter des personnes qui ne parlent que d’une et une seule chose : l’humanité. Je vous invite personnellement à retenir pour l’année prochaine la date du prochain rassemblement, à venir avec vos enfants pour voir ces HOMMES, ces héros. Le rassemblement se termine par un pique-nique citoyen très agréable.
Pour plus d’infos :
Association Citoyens Résistants d’hier et d’aujourd’hui – 1 442 Route de Luaz – 74570 Thoren-Glières ou citoyen.2008@yahoo.fr
Denis Duperthuy
Derniers Commentaires