Une petite entorse à notre ligne éditoriale locale pour aborder, le temps d'un article, la politique monétaire menée par la BCE (Banque centrale européenne).
Vous savez que la BCE vient de relever son taux directeur de 4 à 4.25% soit 25 points de base.
Le président de la République peste contre cette nouvelle hausse des taux, et pour une fois, il a raison. Pour comprendre l'origine de cette décision, il faut rappeler quelques règles de base.
- d'abord, dans le traité de Maastricht, qui fonde la BCE, le seul objectif fixé est celui d'une inflation à 2% / an. Dans son texte constitutif, la BCE n'a aucune obligation en terme de croissance
économique, contrairement à la FED (banque centrale amériacine) qui doit "tout mettre en oeuvre pour garantir le plein emploi".
- la BCE fixe les taux d'intéret pour l'ensemble des pays ayant adopté l'euro comme monnaie (donc la France).
- le Conseil d'administration de la BCE est constitué de ceux qu'on appelle les banquiers centraux, qui sont nommés par les Etats, mais qui sont ensuite, normalement, totalement indépendants du
pouvoir politique.
- ce Conseil d'administration se réunit régulièrement (environ tous les trois mois) pour fixer ce que les économistes appellent le "taux directeur".
Ce taux directeur est d'environ 1 point (1%) inférieur au taux auquel vous pouvez emprunter en tant que particulier (aujourd'hui il est à 4.25%). Lorsque que le taux directeur monte, c'est donc le
taux auquel les ménages et les entreprises empruntent qui augmente également, et vice-versa.
Sur quel modèle se fonde la BCE pour augmenter aujourd'hui son taux directeur ?
Il faut pour bien comprendre, revenir à l'équation suivante, mise ne évidence par l'économiste Milton Friedman (surnommé le pape du néolibéralisme), car c'est sur cette équation que se basent
les banquiers centraux pour rpendre leurs décisions.
Cette équation est la suivante: M x V = P x T
avec M : la masse monétaire, c'est-à-dire l'argent liquide en circulation + l'argent que l'on a sur ses comptes bancaires
V: c'est la vitesse de circulation de la monnaie (combien de temps met un billet de 5€ pour passer d'une main à l'autre). Cette vitesse est stable dans le temps.
P: l'indice des prix (qui mesure l'inflation)
T: c'est le nombre de transactions effectuées dans l'économie (ce chiffre est également stable).
Pour la BCE, s'il y a de l'inflation, c'est-à-dire que P augmente, celà est dû à une augmentation de l'argent disponible dans l'économie (M).
Or, en augementant le coût du crédit, celà rend plus difficile d'emprunter, et donc on stabilise M.
Voilà pourquoi une augmentation du taux directeur (qui réduit l'augmentation de M) permet de contenir l'inflation (P).
C'est ce que l'on appelle de l'inflation monétaire, celle des années 1970.
Or, aujourd'hui, avec la crise des subprimes, M n'augmente plus, alors que P continue à augmenter (inflation de 4%). Dès lors, que se passe-t-il?
D'où vient l'inflation?
La réponse est simple: de la hausse du prix des matières premières dont les produits alimentaires. P augmente indépendamment de M. (On peut faire aussi l'hypothèse que T diminue
c'est-à-dire que les européens réduisent le nombre de transactions monétaires qu'ils effectuent: en gros ils achètent moins).
Augmenter le taux directeur ne change rien à l'inflation puisque M n'augmente déjà plus. Par contre une hausse du taux directeur a plusieurs effets dont les plus importants sont :
- augmenter le coût du crédit pour les ménages, les entreprises mais aussi l'Etat et les collectivités locales.
- Risques de surendettement et de faillites pour les acteurs ayant des prets à taux variables qui voient leurs mensualités augmenter
- incitation à l'épargne (puisque les taux des livrets augmentent aussi) ce qui réduit la consommation et donc la croissance
- hausse du taux de change (€/$ notament) puisqu'il devient plus intéressant de placer son argent en Europe (où les livrets sont mieux rémunérés) qu'aux Etats-Unis par exemple.
En augmentant les taux d'intéret, la BCE condamne la croissance européenne. Comment un ménage qui voit les prix augmenter tous les jours peut-il s'en sortir si d'un côté il ne peut plus
emprunter pour faire face à un coup du sort, et si de lautre côté les salaires n'augmentent pas?
Comment une entreprise peut-elle augmenter les salaires si elle ne peut pas investir (en empruuntant)dans des équipements plus performants, et si ses charges financières augmentent?
En augmentant ses taux, la BCE fait peser sur l'Europe le risque d'une stagflation( c'est-à-dire d'une croissance zéro: stagnation; et d'une inflation forte). Celle-ci alimentera nécessairement une
spirale prix-salaires car pour faire face à l'inflation, les salariés vont demander des hausses de salaires (bien légitimes), qui à leur tour vont se répercuter sur les prix de ventes des
entreprises... et alimenter l'inflation.
Il faut donc relancer la croissance en permettant aux acteurs de s'endetter, notamment pour investir dans des technologies plus performantes. Pour celà, il faudrait réduire le taux
directeur, pour permettre aux français de payer la hausse des prix.
Denis Duperthuy
(économiste)
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