La pauvreté de la connaissance des mécanismes économiques par bon nombre de journalistes nationaux est assez affligeante. La preuve avec la dégringolade actuelle du cours de l’euro face au dollar, au franc suisse et dans une moindre mesure face au yen japonais.
La chute de l’euro est analysée comme une catastrophe en soi. Or, qu’est-ce que cela signifie réellement ? Est-ce si catastrophique que cela ?
D’abord si l’on refait un peu d’histoire, il faut se souvenir que l’euro a été introduit à un cours inférieur à 1$ en 2002 (autour de 0.85 $ pour un euro). Or, durant toute la décennie de 1990, le cours moyen de l’ECU (ancêtre de l’euro qui était une monnaie calculée en combinant les différentes monnaies européennes de l’époque : Franc, Mark, Lire…) a été de 1 ECU = 1.20 $. Soit ni plus ni moins que le cours actuel de l’euro, après la « dégringolade ». D’après cette rapide vision historique, il serait plus juste de dire que ce sont les 4 dernières années, où l’euro a été si fort face aux autres monnaies, qui était l’anomalie et non pas la correction actuelle.
Deuxième question : une baisse des taux de change signifie-t-elle que l’euro est en danger ? Cette question est assez saugrenue. L’histoire des monnaies montre que toutes les monnaies du monde fluctuent les unes par rapport aux autres, continuellement. Une monnaie ne peut pas indéfiniment monter par rapport à une autre. D’ailleurs, si l’euro est tant monté face au dollar depuis 5-6 ans, cela signifie que symétriquement le dollar a continuellement baissé face à l’euro. Or, quelqu’un, un jour, a-t-il émis l’idée selon laquelle le dollar US était en danger de désintégration ? Personne. La valeur d’une monnaie dans le temps, sa longévité, son enracinement ne se mesure pas à son taux de change. Elle se mesure plus simplement à la part que cette monnaie occupe dans les coffres forts des banques centrales des pays du monde (ce que l’on appelle les réserves de change). Or entre 2005 et 2009, la part des réserves de change détenues en euros est passée de 24% à 27% soit une progression non négligeable. Les banques centrales des autres pays du monde achètent des euros pour constituer leurs réserves de change car elles pensent qu’il s’agit d’une monnaie de réserve, fiable à long terme. La baisse actuelle des cours n’est pas liée à une vente massive des euros détenus par les banques centrales (ce qui serait le signe d’une méfiance face à l’euro, qui serait précurseur d’une possible remise en cause de notre monnaie) mais bien liée à de la spéculation à court terme.
Troisième question : avoir un euro en baisse est-ce une mauvaise nouvelle ? Franchement non. L’euro était largement surcôté depuis plusieurs années. Un grand nombre d’économistes sont d’accord là dessus. Certains estiment la cotation normale de l’euro autour de 1.10 – 1.20 $. Ces affirmations reposent sur des calculs de taux de change à long terme grâce à un modèle mathématique tiré de la théorie de la parité du pouvoir d’achat. L’ajustement actuel de l’euro est donc normal, le signe de la fin d’une bulle monétaire. De la même façon, les économistes calculent que la monnaie chinoise est également largement sous-cotée, volontairement, par le gouvernement chinois. Est-ce que cela empêche la croissance économique chinoise ? Non, bien au contraire.
Quatrième question : quels seront les effets de la baisse de l’euro ? Pour les frontaliers, elle est synonyme de hausse du pouvoir d’achat. Pour les exportations, cette baisse favorise la vente de nos produits à l’étranger, mais en contrepartie les importations sont plus chères (notamment le pétrole et donc l’essence et le fioul). La baisse de l’euro peut être un excellent moteur de reprise économique via les exportations. Par ailleurs, le renchérissement des matières fossiles ne peut que soutenir la transformation de notre économie vers une économie « verte ».
Dernière question : alors pourquoi tant d’esbroufes ? Deux raison majeures à cela : d’abord l’absence de gouvernement économique de la zone euro. Puis la croyance encore très tenace en une religion de l’euro fort. Keynes (grand économiste anglais du siècle dernier) expliquait à ses étudiants que toute relance économique peut passer par deux leviers : une relance budgétaire (ce que l’on appelle les plans de relance) et une relance monétaire (émettre plus de monnaie en accordant plus facilement des crédits). Une relance rapide passe par l’usage des deux leviers à la fois. Or, il n’existe pas de gouvernement économique européen capable de créer un vrai plan de relance européen. Au contraire, les Etats annoncent actuellement les uns après les autres des mesures d’austérité. Ceci est le pire des scénarios possible. En mettant en place des plans d’austérité, l’Europe se condamne à ne pas relancer son économie, à la croissance molle voire à la récession en 2010 et en 2011. Par ailleurs, la banque centrale européenne reste campée sur une idéologie ultralibérale, défendue en son temps par M. Friedman, de l’euro fort. Une politique monétaire d’euro fort signifie, en temps de crise, un étouffement de la reprise économique. La banque centrale en refusant d’injecter de l’argent dans l’économie (par peur irraisonnée de l’inflation) bride le crédit (aux particuliers et aux entreprises) en maintenant des taux d’intérêt trop élevés. La politique de l’euro fort, c’est une politique anti-inflationniste qui favorise ceux qui ont des capitaux placés et qui décourage l’investissement et la consommation.
Il faut donc créer un véritable budget européen de relance économique et remettre la main sur la BCE (Banque centrale Européenne) qui aujourd’hui ne joue pas du tout le rôle qui devrait être le sien : favoriser la relance économique.
La baisse actuelle de l’euro au delà du fait qu’elle est normale, est aussi une bonne chose pour les travailleurs européens et les entreprises de notre continent, n’en déplaise aux rentiers… L'euro n'est pas encore en péril.
Denis Duperthuy
Par Elus de la Gauche Annécienne

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