On peut trouver sur le site www.contributionclimaténergie.fr le livre blanc remis récemment par M. Rocard au président de la République qui préconise la mise en
place d’une taxe carbone.
L’idée d’une taxe carbone ne date pas d’hier. Elle est née dans les milieux écologistes et altermondialistes, il y a déjà longtemps. Elle faisait notamment partie
de la contribution du courant Utopia portée lors des 3 derniers congrès du PS.
Mais si nous utilisons bien le même mot : « taxe carbone » et poursuivons le même but (réduire les émissions de Gaz à Effet de Serre), il est criant
de voir que nous n’y mettons pas du tout la même chose.
La taxe carbone du gouvernement
Le rapport soutenu par le gouvernement préconise la mise en place d’une taxe sur les produits qui vont produire du CO2 (ex. : essence, gaz). Or, ces
produits sont encore aujourd’hui largement non-substituables : on ne peut pas renoncer à prendre sa voiture lorsque des transports en commun n’existent pas ou sont inadaptés. Dès
lors, vous n’avez pas le choix entre un produit émetteur de CO2 (le pétrole) et un autre non émetteur de CO2. Vous avez uniquement le choix entre utiliser le produit émetteur ou ne pas
l’utiliser. Sauf que dans la réalité, vous n’avez pas le choix de prendre ou non votre voiture pour aller au travail, faire les courses, etc… Vous n’aurez donc pas le choix : il
faudra payer la nouvelle taxe (parce que vous êtes un pollueur dixit le gouvernement).
On nous dit que cette taxe aura pour effet de réduire l’utilisation des produits émetteurs de CO2. Cette analyse, que l’on appelle en économie une taxe
pigouvienne (du nom d’un économiste libéral anglais qui l’a théorisée), repose sur une vision libérale, idéaliste et totalement fausse de la manière dont un individu fait ses choix. En
effet, et c’est repris dans le rapport, les libéraux considèrent que, grâce à une formule mathématique, on peut réduire les émissions de CO2 de x % si on impose une taxe de y centimes par litre
d’essence par exemple (exemple : une taxe de 10 Cts réduirait la consommation d’essence d’un individu de 10%, une taxe de 20cts réduirait les émissions de 15%, etc…).
Tous les ménages français qui aujourd’hui souffrent de la crise ne prennent jamais (ou très rarement) leur voiture par choix (pour aller faire de la ballade par
exemple) mais par obligation. Leur consommation d’essence, de gaz ou encore d’électricité est très largement incompressible (on ne peut que très marginalement la réduire). Taxer
ces consommations ne réduira donc pas significativement les volumes consommés. Il s’agit donc bien d’une taxe déguisée car on n’a pas le choix de la payer ou non (sauf dans des zones très
marginales bien desservies en transports publics par exemple). Il n’y a donc rien là de révolutionnaire. C’est l’application d’une vision libérale de l’individu comme agent capable de faire des
choix au plus juste, libéré de toute obligation (comme prendre sa voiture pour aller travailler). Pour cette vision de l’homme, tout se passe comme si là où vous avez 20 km de route à faire pour
aller au travail, la taxe (renchérissant le prix de l’essence) allait vous inciter à en faire 18 en voiture, et donc le reste à pied ! Je vous laisse juge de cette vision des choses.
La taxe carbone que nous voulons
La vraie taxe révolutionnaire qu’il eut été admirable de mettre en place (notamment défendue par Utopia) aurait dû taxer non pas les émissions de CO2 à
venir, mais les émissions de CO2 passées, contenues dans les produits. Cette taxe, généralisée à l’ensemble des biens et services, aurait été calculée sur le volume de CO2 nécessaire à la
production et au transport des marchandises jusque sur leurs lieux de vente.
Exemple : 1 kg de tomates produites à Montélimar et vendue à Annecy coûte 1.70 € à l’achat pour le revendeur local (ce prix comprend donc le coût
de la production, du transport et les marges des intermédiaires jusqu’au revendeur final). Montélimar se trouve à 260km d’Annecy. En appliquant une taxe de 0.08 Cts par km parcouru, on obtient un
prix de vente pour le consommateur (hors marge du revendeur final) de 1.70 € (prix d’achat) + 260 x 0.08 (montant de la taxe) = 1.91 € / kg
Le même kilo de tomates produites à Valence (Espagne) coûte 1.20 € à l’achat (du fait notamment des couts de production moins élevés en Espagne qu’en
France). Mais Valence se trouve à 1000 km d’Annecy. Le prix de vente de ces mêmes tomates sera de 1.20€ (achat) + 1000 x 0.08 = 2 €/kg
Les tomates françaises seraient donc moins chères que les tomates espagnoles parce qu’elles « contiendraient » moins de CO2 (du fait d’un transport moins
long).
On pourrait avoir le même raisonnement avec des produits manufacturés produits en Chine (ou ailleurs) où on pourrait, au-delà du transport, taxer le CO2
produit par le cycle de fabrication (on pense notamment à l’électricité produite à partir de charbon).
Ainsi, la taxe carbone aurait de nombreux avantages :
- le consommateur a toujours le choix de choisir un produit ou un autre, la taxe est donc bien une incitation à acheter les produits qui ont produit le moins
de CO2, et non pas une obligation portant sur des produits non-substituables.
- cette taxe carbone permettrait de maintenir de l’emploi en Europe
- elle aurait l’avantage de réduire fortement les émissions de CO2 (en touchant des produits plus nombreux)
- elle permettrait de relocaliser des productions proches des lieux de vente, favorisant ainsi les circuits courts entre producteur et
consommateur.
Elle entrainerait donc un véritable changement révolutionnaire de l’organisation de nos économies, en permettant plus de contacts producteurs/ consommateurs,
en diversifiant les types d’activités économiques (agricoles, services, industries, etc…), bref en favorisant du mieux disant écologique.
Il est vraiment regrettable que des hommes et des femmes qui se disent de gauche, nous fassent croire au grand soir de l’écologie alors qu’il ne s’agit, dans la
bouche du gouvernement, que d’instaurer une taxe supplémentaire qui touchera sans distinctions riches et pauvres, ruraux et urbains. Une taxe qui surtout repose sur une culpabilisation
honteuse des consommateurs. Elle nous dit en filigrane : si la planète est polluée c’est de ta faute tu es responsable, tu es égoïste parce que tu prives tes enfants d’un monde propre et
pur, etc…
Alors que les individus ne font que s’inscrire dans un système économique qu’ils n’ont pas choisi, un système qui notamment les oblige à prendre leur voiture pour
faire 50km pour aller travailler parce que le prix du foncier à Annecy est trop élevé. Il y en a marre de ces discours moralisateurs sur l’écologie, alors que nous sommes tous non pas
coupables mais victimes d’une économie libérale folle qui produit des aberrations insensées. Et on nous propose d’appliquer à ces maux des remèdes libéraux ? Il est grand temps de se
ressaisir et de faire cette vraie révolution écologique.
Denis Duperthuy
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