Lundi 17 mai 2010
1
17
/05
/2010
14:11
Ce week-end un certain nombre d’apéros géants, lancés sur internet, ont été interdits dont celui qui devait se dérouler sur le Pâquier ce week-end. Cette
interdiction émane de la préfecture et se conjugue à un arrêté du maire concernant la consommation d’alcool sur le Pâquier.
Sur le fond, cette interdiction me choque. Prendre l’exemple du jeune qui est tombé d’un pont à Nantes pour dire que les apéros géants sont dangereux est une
hérésie intellectuelle. Certes un apéro géant peut conduire à des dérapages. Comme n’importe quelle activité d’ailleurs. Ce week-end, 2 touristes sont morts dans des accidents de
plongée sous-marine : faut-il interdire cette pratique ?
A force de vouloir refuser de reconnaitre que la mort est un événement qui fait partie de la vie, on en arrivera à interdire les suicides et à interdire aux gens le
droit de mourir dans la dignité. Certes, tout accident est toujours profondément regrettable. Mais si l’on veut ne pas avoir d’accident il faut effectivement tout interdire et vivre dans une
société capitonnée, aseptisée, botoxisée. Ce n’est la société que je veux pour mes enfants. J’ai déjà vu cela au Canada, dans les provinces de l’Ouest où prendre
un verre dans un bistrot est très mal vu, mais voir des indiens amérindiens se saouler seuls devant leurs télés fait partie de la normalité.
Mélanger le problème de l’événement « apéro géant » avec celui de l’alcoolisation de certains jeunes, c’est faire une erreur
intellectuelle majeure. C’est prendre le symptôme pour l’origine de la maladie. Aujourd’hui, l’apéro géant n’a pas eu lieu, est-ce que pour autant le problème de l’alcoolisme est réglé ?
Bien sûr que non. En soignant la fièvre on ne soigne pas le mal lui-même. En renvoyant chacun dans ses appartements pour boire seul, on croit peut-être éradiquer le problème ? On se
donne en fait bonne conscience. L’alcool tue, apéro géant ou pas. Le problème ne vient donc pas de l’événement « apéro géant » mais de la peur qu’il
génère dans certaines franges de la population.
Les apéros géants se veulent des moments de convivialité pour toutes les générations. On devrait se réjouir de ces moments de convivialité
retrouvés, nous qui regrettons l’individualisme de notre société.
Cette société va mal. Elle pointe perpétuellement du doigt les jeunes, les mettant à l’index. On leur fait toujours les mêmes procès d’intentions :
vouloir se saouler à tout prix ! Mais que celui qui n’a pas pêché leur jette la première pierre. En créant des apéros géants, les organisateurs veulent que les gens se réapproprient leur
ville. C’est une excellente chose. Au lieu de quoi, tel les régimes des temps anciens, les autorités (toujours méfiantes vis-à-vis de la jeunesse) préfèrent interdire, exclure, mettre à l’index
et faire des procès d’intentions.
De nouvelles formes de mouvements collectifs sont en train de naitre dans notre société, appuyées sur des outils informatiques plus performants.
C’est ainsi que marche le monde depuis qu’il existe. Plutôt que de jouer les conservatismes et d’interdire, cherchons à comprendre, à accompagner et à enrichir ces nouvelles
formes de socialisation. Mais c’est vrai qu’à Annecy, la nouveauté fait peur aux autorités. Elle fait peur à une certaine classe de la population qui « tolère » la projection des films
du cinéma du film d’animation mais rejette les bruits de skateboards, la musique de rue, bref la vie et la jeunesse annécienne. Tout encadrer, tout contrôler, pour que rien ne nous échappe, pour
que rien ne change. Ce n’est pas mon crédo. Pour moi l’avenir est ouvert, et cet avenir ne passe pas par la prohibition, par la méfiance, par les procès d’intentions. Il passe par la confiance et
l’accompagnement.
Derniers Commentaires